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Le lycée Kerouani ex Albertini.
LE FORUM DE SETIF ET DE SA REGION :: La ville de Sétif. :: Sétif à travers les âges, de Tandja à Dallas. Les anciens de Sétif. Les écoles et les lycées d'hier et d'aujourd'hui.
Page 1 sur 1•
Le lycée Kerouani ex Albertini.
C'est un lycée ancien , en activité depuis la fin du 19me siecle.Il a formé des générations de cadres algériens . Citons Kateb Yacine , Mostefai , Belaid Abdesslem,
Amrane , Taleb Ibrahimi , Benhabyllés etc ... Préstigieux centre de formation, garde-t-il aujourd'hui son aura ?
Amrane , Taleb Ibrahimi , Benhabyllés etc ... Préstigieux centre de formation, garde-t-il aujourd'hui son aura ?
"Si la Loi divine présente un sens extérieur et un sens intérieur, c’est à cause de la diversité qui existe dans le naturel des hommes". Ibn Ruchd.
Dernière édition par le Ven 18 Jan - 12:07, édité 1 fois
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
Il faut ajouter à ta liste Benzine et Med Benyahia aussi je crois . Actuellement et
concernant le classement des bacheliers , le lycée n'est pas trés bien classé , nous a-t-on dit .
concernant le classement des bacheliers , le lycée n'est pas trés bien classé , nous a-t-on dit .
"Tout est bien , tout va bien , tout va le mieux qu'il soit possible".
Voltaire
.
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togir- Trés fidéle


- Messages : 892
Inscrit le : 09 Jan 2008
Localisation : Algérie.
Emploi/loisirs : Retraité. Passionné de lecture.
Humeur : Plutôt gaie.
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.

Un peu plus d'information sur ce prestigieux établissement :Construit en 1872, le lycée Albertini (actuellement lycée Kerouani) ouvrira ses portes en 1873, sous l’appellation d’école coloniale que dirigeait un principal. L’année 1875, verra l’ouverture d’une classe de latin avec 10 élèves. En 1924, l’école se transforme en collège colonial en accueillant 400 élèves, qui allaient recevoir un enseignement de valeur. En 1942, le collège sera baptisé au nom d’Eugène Albertini, célèbre historien français, et professeur au Collège de France. Le nombre d’élève sera de 700. En 1950, il sera transformé, par décret n° 50 1087 du 02/09/1950 et publié au Journal officiel n° 210 du 05/09/1950, en Lycée national et accueillera à l’époque 900 élèves. Un nouveau bâtiment sera construit en 1951, composé de 14 salles de cours d’une contenance de 500 élèves, trois dortoirs, réfectoire, infirmerie, deux ateliers, ainsi qu’un gymnase. En 1962, le lycée Albertini deviendra le lycée Mohamed- Kerouani. Le lycée Albertini, qui fut le symbole de toute une région, de tout un pays, a eu le privilège d’offrir à l’Algérie ses valeureux combattants, dont 42 parmi eux tomberont au champ d’honneur durant la guerre de Libération nationale. Il faut rappeler que ce prestigieux établissement a eu le mérite de former la fine fleur des intellectuels algériens, tels l'ecrivaion Kateb Yacine ou le jopurnaliste Abdelhamid Benzine… et des ministres et hautes personnalités de l’Etat, comme Bachir Boumaaza, Mohamed Seddik Benyahia, Abdeslam Belaïd, Abdelmalek Benhabylles, Taleb Ibrahimi, Abdelmadjid Allahoum etc...
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
C'est un lycée vraiment historique et préstigieux.
"Tout est bien , tout va bien , tout va le mieux qu'il soit possible".
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togir- Trés fidéle


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Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
Pour les anciens de ce prestigieux lycee,je crois qu'il ya un e assemblee des anciens eleves pour la journee du 16 avril.Renseignez vous aupres du site:www.kerouanigaid.org.
Bonsoir
Bonsoir
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
Peut-on avoir renseignement des élèves de 3eme Année Scondaire Mathématique promo 80/82/82. Dont je me rappel les noms: Belkhier Lotfi, Karchouni, Krachni, Keskes, Douibi, Chemli,Smati, Samai,Bendris......ect et le reste
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
Souvenirs...souvenirs...
Non je ne suis pas passée par ce lycée mais je comprend la nostalgie des anciens élèves.
J'en ai repêché des bribes dans les tréfonds d'Internet par un ancien, Bordjen , un bijou de reminiscence douce amère qui nous fait passer le goût fadasse des écrits sur commande des mercenaires du stylo qui s'écoutent ... écrire comme celui-ci (c'est mon opinion) El Yazid Dib
Nous étions des lycéens de l' indépendance, des élèves internes dans la forteresse aux hauts murs du lycée Kerouani ex-Albertini de Sétif. Nous avions à peine 16, 17 ans . Nous sortions à peine de nos enfances et de nos villages, les yeux ahuris devant cet âge des ébranlements. Nous venions de basse Kabylie, des hauts plateaux, du Hodna, de Bordj Bou Arreridj, de Sétif, de M'sila, de Bougie, de Bouira, d' El Eulma, d' Akbou et de Tocqueville . J' étais en seconde maths elem; je passais avec 13 de moyenne mais en première lettres. Au programme, nous avions eu le 19ème siècle: Bonaparte, "Waterloo morne plaine", Chateaubriand, le mémorial de Sainte-Hélène, le romantisme, Julien Sorel puis Germinal de Zola et la grève des mineurs.
Dans les dortoirs, certains rêvaient de Nedjma et poursuivaient les étoiles; d'autres s'entichaient de prose yankee et faisaient circuler les tropiques d' Henry Miller et Jack Kerouac. Léo Ferré et Jim Morrisson ouvraient grandes les portes aux premiers émois des futurs anars des terminales et des futurs gauchos des facultés ... Ainsi, nous présagions les tragédies du 20 ème siècle venir pointer leur venin, leurs idéologies européennes dans nos consciences juvéniles jusque là préservées .
En français je me prenais pour l' As des As. Monsieur Mathieu me donnait les meilleurs notes. J' étais tombé amoureux fou de "Mme de Rênal" sous la bienveillance amusée de ce toulousain candide et élégant; en qui je taquinais le socialiste prudent durant tout le troisième trimestre, en prenant parti- à tort d' ailleurs- pour Souvarine contre Etienne Lautier.
Jusque là, je savais quand même par coeur beaucoup de belles récitations, quelques morceaux choisis de thêatre classique, les aventures de Télémaque, des bouts de romans champêtres et de cape et d' épée: La Fontaine bien sûr, le Cid, les précieuses ridicules, Leconte de Lisle, le Parnasse, Le bateau ivre, la mort du loup et celle de Léopoldine, Gérard de Nerval, et le pont Mirabeau coule la Seine ..
Déjà au collège de Bordj Bou Arreridj, nous étions initiés trés jeunes par de longues lettres laborieuses ou épiques aux mousquetaires français, aux vicontes de Bragelone, aux îles au trésor, aux sans famille, aux guerre des boutons, aux voyages sous la terre ou à Tombouctou et même aux fulminations argotiques d' Auguste le Breton et de San Antonio et aux planches grandioses des pieds nickelés ou de Miki le ranger qu' on allait quêter ça et là chez Laverse ou échanger sous les porches des cinémas Rex et Vox de Bordj Bou Arreridj.
La litterature on ne la trouvait pas servie dans la bibliothèque de grand-père! Les livres dans cette petite bourgade aux pieds des monts Bibans, on se les procurait essentiellement par le prêt scolaire, on se les passait entre amis, entre cousins...
Ca venait souvent des stocks de la brocante coloniale qui s' amassait dans les souks hebdomadaires des années 60; après que les européens furent partis en masse. Les coopérants, les institutrices (françaises pour la plupart) faisaient le reste.
En ce temps là , il n' y avait pas encore la télé. L' éléctricité était rare. Je me souviens avoir lu les mille et une nuits bien avant le film de Fernandel et des quarante voleurs.C' était madame Dupuis qui me l'avait prêté dans cette édition Garnier à la couverture jaune, avec sa typographie dense et serrée: une armée de lettres comme des fourmis noires ou des myrmidons en ordre de conquête, à l' assaut des yeux et des rêves pendant les longues nuits d' hiver sous le quinquet.
Je n' avais jamais autant lu qu' en classe de sixième, sous la houlette de Madame Dupuis, prof de français inoubliable, madone des collèges et adorable personne qui me voyant assez précoce, faisant moins que mon âge et doué pour les sujets de rédactions et pour l' amour des contes et des romanciers; me prit sous sa protection, m' invita plusieurs fois chez elle, me présenta son mari (un prof de sciences qui ressemblait à Steve Mac Queen) et me nourrissait chaque semaine, ensuite presque chaque jour de livres de poches, d'illuminations, de chocolats fondants et d' auteurs dont je ne connaissais jusque là que le nom ou quelques bribes dans Le livre Unique de lecture et dans les " Lagarde et Michard" qu' on nous distribuait gratuitement à l' école.
Suite ci-dessous
Non je ne suis pas passée par ce lycée mais je comprend la nostalgie des anciens élèves.
J'en ai repêché des bribes dans les tréfonds d'Internet par un ancien, Bordjen , un bijou de reminiscence douce amère qui nous fait passer le goût fadasse des écrits sur commande des mercenaires du stylo qui s'écoutent ... écrire comme celui-ci (c'est mon opinion) El Yazid Dib
Nous étions des lycéens de l' indépendance, des élèves internes dans la forteresse aux hauts murs du lycée Kerouani ex-Albertini de Sétif. Nous avions à peine 16, 17 ans . Nous sortions à peine de nos enfances et de nos villages, les yeux ahuris devant cet âge des ébranlements. Nous venions de basse Kabylie, des hauts plateaux, du Hodna, de Bordj Bou Arreridj, de Sétif, de M'sila, de Bougie, de Bouira, d' El Eulma, d' Akbou et de Tocqueville . J' étais en seconde maths elem; je passais avec 13 de moyenne mais en première lettres. Au programme, nous avions eu le 19ème siècle: Bonaparte, "Waterloo morne plaine", Chateaubriand, le mémorial de Sainte-Hélène, le romantisme, Julien Sorel puis Germinal de Zola et la grève des mineurs.
Dans les dortoirs, certains rêvaient de Nedjma et poursuivaient les étoiles; d'autres s'entichaient de prose yankee et faisaient circuler les tropiques d' Henry Miller et Jack Kerouac. Léo Ferré et Jim Morrisson ouvraient grandes les portes aux premiers émois des futurs anars des terminales et des futurs gauchos des facultés ... Ainsi, nous présagions les tragédies du 20 ème siècle venir pointer leur venin, leurs idéologies européennes dans nos consciences juvéniles jusque là préservées .
En français je me prenais pour l' As des As. Monsieur Mathieu me donnait les meilleurs notes. J' étais tombé amoureux fou de "Mme de Rênal" sous la bienveillance amusée de ce toulousain candide et élégant; en qui je taquinais le socialiste prudent durant tout le troisième trimestre, en prenant parti- à tort d' ailleurs- pour Souvarine contre Etienne Lautier.
Jusque là, je savais quand même par coeur beaucoup de belles récitations, quelques morceaux choisis de thêatre classique, les aventures de Télémaque, des bouts de romans champêtres et de cape et d' épée: La Fontaine bien sûr, le Cid, les précieuses ridicules, Leconte de Lisle, le Parnasse, Le bateau ivre, la mort du loup et celle de Léopoldine, Gérard de Nerval, et le pont Mirabeau coule la Seine ..
Déjà au collège de Bordj Bou Arreridj, nous étions initiés trés jeunes par de longues lettres laborieuses ou épiques aux mousquetaires français, aux vicontes de Bragelone, aux îles au trésor, aux sans famille, aux guerre des boutons, aux voyages sous la terre ou à Tombouctou et même aux fulminations argotiques d' Auguste le Breton et de San Antonio et aux planches grandioses des pieds nickelés ou de Miki le ranger qu' on allait quêter ça et là chez Laverse ou échanger sous les porches des cinémas Rex et Vox de Bordj Bou Arreridj.
La litterature on ne la trouvait pas servie dans la bibliothèque de grand-père! Les livres dans cette petite bourgade aux pieds des monts Bibans, on se les procurait essentiellement par le prêt scolaire, on se les passait entre amis, entre cousins...
Ca venait souvent des stocks de la brocante coloniale qui s' amassait dans les souks hebdomadaires des années 60; après que les européens furent partis en masse. Les coopérants, les institutrices (françaises pour la plupart) faisaient le reste.
En ce temps là , il n' y avait pas encore la télé. L' éléctricité était rare. Je me souviens avoir lu les mille et une nuits bien avant le film de Fernandel et des quarante voleurs.C' était madame Dupuis qui me l'avait prêté dans cette édition Garnier à la couverture jaune, avec sa typographie dense et serrée: une armée de lettres comme des fourmis noires ou des myrmidons en ordre de conquête, à l' assaut des yeux et des rêves pendant les longues nuits d' hiver sous le quinquet.
Je n' avais jamais autant lu qu' en classe de sixième, sous la houlette de Madame Dupuis, prof de français inoubliable, madone des collèges et adorable personne qui me voyant assez précoce, faisant moins que mon âge et doué pour les sujets de rédactions et pour l' amour des contes et des romanciers; me prit sous sa protection, m' invita plusieurs fois chez elle, me présenta son mari (un prof de sciences qui ressemblait à Steve Mac Queen) et me nourrissait chaque semaine, ensuite presque chaque jour de livres de poches, d'illuminations, de chocolats fondants et d' auteurs dont je ne connaissais jusque là que le nom ou quelques bribes dans Le livre Unique de lecture et dans les " Lagarde et Michard" qu' on nous distribuait gratuitement à l' école.
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Dernière édition par Adama le Ven 18 Avr - 10:49, édité 1 fois
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
"J'étais le fort en thème, et pour défendre cette réputation et pour faire plaisir à la maîtresse,
j'avalais sans retenue puis avec grand plaisir tout ce qu' elle me donnait : Jules Vallès, Roland Dorgelès, le capitaine Fracasse, Georges Duhamel, Saint-Exupéry, Joseph de Pesquidoux, Pierre Benoit, Guy de Maupassant, Prosper Mérimée, poil de carotte, notre dame de Paris, le bossu, Jean Valjean, la mare au diable, la petite fadette, Claudine de Colette, Hervé Bazin, Marcel Pagnol, Tartarin de Tarascon, Monte-Cristo, Le lys dans la vallée...Et surtout la poésie...Toute la poésie et Alphonse de Lamartine; qu' elle me prêta pour les vacances de printemps de 1967. Toute l' oeuvre de Lamartine dans un gros volume à la reliure antique avec sa jacquette scarifiée en vélin violet.
Il faut dire que cette boulimie arrangeait très bien mon vieux père. Je surpris plus d' une fois dans son oeil tendre et rusé de hobereau analphabète, des lueurs de fière interrogation; sans doute impressioné par l' intrusion de ces paquets de livres dans sa maison et par la redoutable assiduité de son rejeton à dévorer toutes ces liasses et à lire toute cette science...
Ce n' était que des romans d' aventures! Et je n 'allais jamais ni aux matchs de foot ni aux jeux dangereux. Les bouquins! oui, c'est ce qui me retenait entre les classes et pendant les vacances dans le pré, où je faisait paître ses rares moutons et sa belle vache"suisse". Parfois, quand il lui prend l' envie de venir inspecter son troupeau et son berger; il me trouve plongé dans le catéchisme moderne de Verhaeren, un oeil rivé sur les métaphores des villes tentaculaires de la Flandre transfigurée; et
l'autre, surveillant les pas ruminants de son mammouth qui faisait son triomphe et produisait notre beurre quotidien. Mon père alors claquait les ailes de son burnous de bonheur et de satisfaction. il sautillait de sa petite taille, le turban haut, la moustache au vent; il s'improvisa philosophe: " très bien fiston, le Prophète nous a recommandé le travail et l' instruction ..."
Puis, rebroussant chemin sans se retourner, laissant l'Emile à son affaire; il s'en va sûrement éclaircir avec ma mère tous les mystères de cette passion qui me hante à leur insu et façonne déjà ma nature; cette magie de la lecture qui s' opère chez les êtres et leur rapport au monde; cette énigme de ma patience librement consentie devant l' âpre corvée de berger que mes frères et les garçons du voisinage, fuyaient de paresse ou de honte...
Quinze jours durant, ce printemps 67, Lamartine fut le manitou de ma prairie. Je ne le quittais pour rien au monde sauf quand je faisais boire boire les bêtes à la fontaine des abattoirs ou quand je dormais la nuit, épuisé par ma journée de cowboy. J' étais définitivement absorbé par les méditations de guru de Mâcon. J' avais tout juste 12 ans; et je comprenais à peine ses mobiles poètique et sa déchéance; mais j' étais comme fasciné par ses vers, emporté par la rime, halluciné par la musique de cette langue que personne ne parlait autour de moi et avec laquelle je m' adressais à moi-même, aux étoiles ou à quelque fée Carabosse qui viendrait me prendre sur son tapis volant..." Objets inanimés avez donc une âme qui s' attache à notre âme et à la force d' aimer?"
Bien plus tard, Gilles Gambier m' apprit à mépriser Lamartine; et dans des moments d' adolescence désabusée ou d' extrême lucidité, j' ai découvert grâce aux livres de Frantz Fanon que j' étais un enfant alièné.
Ne reste aujourd'hui qu' un portrait parmi d' autres sur la devanture du plus vieux photographe de Bordj Bou Arreridj. Et secrètement, bien après des années, les anciens élèves de la sixième " A ", qui comme moi leur venait la nostalgie de faire un pèlerinage sur les lieux fugaces de la mémoire et de l' enfance; ils passent alors revoir le visage souriant et en noir et blanc de madame Jeanne Dupuis. Relique d' une histoire scolaire. O Rimbaud, quel siècle!
Donc je serai en première lettres. L' année prochaine je dois me rattraper, redoubler de férocité. Je n 'avais pas le choix. J' avais échoué en physique chimie chez les russes; je devais réussir dans les lettres modernes chez Monsieur Roberault. Le fameux monseigneur Roberault. C'est ainsi qu' on le surnommait dans les classes de terminales, où on colportait sa légende et où on racontait avec admiration les leçons de ce fanatique d'histoire litteraire. On disait aussi qu' il avait chez lui une bibliothèque à faire charger deux cents chameaux. Moine ou évêque reconverti en coopérant français; prof de lettres depuis 62 en Algérie, il pouvait discourir pendant des heures et sans omettre une virgule sur les minutes d' une matinée de Diane de Poitiers ou d' Aliènor d' Aquitaine; sur les détails de la victoire de Bouvines, du bûcher de Jacques de Molay, de la nuit de Varenne ou de la défaite d' Azincourt... Il savait jusqu' aux numéros de pages, les répliques de Montherlant ou de Marivaux; des passages de Chardonne ou de Pirandello, les oraisons de Bossuet et les paragraphes touffus de l' être et du néant...
Roberault était la star du lycée Kerouani. En 70, l' Algérie savait recruter ses pédagogues. Parmi les plus brillants , il y avait aussi Monsieur Lacrozas le prof d' économie, Monsieur Doh Kwako, un génie de mathémathiques modernes, ghanéen naturalisé américain et polyglotte, ancien élève de l' université de Princeton et qui ne cessait de répéter avec son sourire africain aux apprentis philosophes:
" la matière a été, la matière a été!"
Il y avait aussi Monsieur Laridi le prof de sciences, un chirurgien algérois maoiste en résidence surveillée à Sétif depuis 1968 ; Monsieur Cavalerie le physicien hipster aux cheveux très longs, et l' amant de lady Chatterley, c'est à dire Madame Guirchina, une slave platinée et cruelle stakhanoviste de la chimie organique, qui trompait ouvertement son mari tout droit sorti d' une pièce de Tchèkov.
Il y avait bien sûr Madame Brisson, une femme aux belles toilettes, qu' on surnommait le duchesse de Langeais, Monsieur Jean Der Witt, un géant belge en service civil en Algérie et futur diplomate. Il y avait aussi Monsieur Elias Tamimi, un chrétien palestinien, diplômé de Louvain et qui ressemblait à Omar Sharif. Il était né dans le même quartier que Darwish à Haifa. Il nous a appris toutes les horreurs du sionisme et toute la poésie arabe du levant. Il y avait Miss Jones, une noire américaine musclée, rescapée des groupes des blacks panthers, amie personnelle d' Angela Davis et d' Eldrewidj Cleaver; Monsieur Boussadia le prof d' histoire généreux et éloquent avec ses costumes cairotes. Algérien de M'sila mais d' obéidence nasserienne, il achetait souvent des cravates et des souliers pour les élèves les plus pauvres. Il y avait Monsieur Séquier avec son accent du sud; Monsieur et Madame Mathieu; Monsieur Fellman, un géographe alsacien d' une rigueur proverbiale; Monsieur et Madame Boillon, " les arabes" comme on les appelait, tellement bien introduits et bien intégrés dans la société sétifienne. Il y avait aussi Pangloss: Monsieur Quentric, un breton avec sa tête chauve à la Yul Brunner et ses chapeaux bizarroïdes...
Mais Roberault les dépassait tous. Un esprit supérieur, une stature, une pointure rare, une référence connue même en ville. Imaginez un homme vieux mais robuste, avec la dégaine orsonienne, une tête de savant érudit, des binocles ascétiques, des habits d' agrégé toujours sombres et une longue barbe d'enchanteur...
En politique, Monsieur Roberault haïssait ouvertement De Gaulle et Pompidou; en classe, il avait horreur de tout ce qui était trivial. Il bousculait les bègues et réprimandait la bêtise. Très respecté dans cette société professorale cosmopolite, à majorité gauchiste ( plus tard, j' ai compris les opinions de Roberault: il était royaliste; ennemi féroce de la décadence et disciple de Spengler et d' Action Française). Il était surtout fort apprécié par Monsieur Lakhel le proviseur, dont il était le familier sinon
l' ami et avec lequel nous l' aperçumes souvent en conclave sous le préau de la bibliothèque. Monsieur Lakhel, une autre sommité celui-là. Bilingue et aristocratique; ancien élève de Normale Sup avant de rejoindre le maquis, il était en outre fils et petit-fils d' oulémas bougiotes. On chuchotait qu'il fut l' ami intime de Mostefa Lacheraf, du docteur Taleb El Ibrahimi et de Jacques Berque. Sosie de Christopher Lee, avec un burnous blanc toujours sur les épaules à la Boumédienne; il inspectait chaque matin les cinq cours du lycée Kérouani comme le capitaine Achab les cinq continents. Une ou deux fois l' an, il donnait des conférences prestigieuses sur la pensée de Gaston Bachelard ou sur l' histoire d' Ibn Khaldoun.
Le premier cours avec Monsieur Roberlaut en première lettre " une " restera à jamais gravé dans ma mémoire. Ce fut une dissertation orale sur la notion d' esthétique en littérature. Le sujet était le commentaire plastique d' une strophe de la "balance intérieure", les rares lignes que j' ai lues jusqu' à ce jour de Charles Maurras:
" Toi qui brilles enfoncée au plus tendre du coeur
Beauté fer éclatant, ne me sois que douceur..."
Tout de suite ces vers m'ont pénétré, mais c'est une abstraction qui m' était encore inconnue. Les nuées de mes rêves sont maintenant prêtes à s' évaporer. " Beauté fer éclatant ne me sois que douceur"! Que voulait dire Maurras? A la présentation, je murmurais comme tous les autres devant l' auguste autel de Roberault. Il m'est arrivé de balbutier, le suppliant du regard. A défaut d' arguments et de digressions, je ne faisais que reprendre l'onde si pure du poème:
"Ou si tu devais être une chose amère
En aucun temps du moins ne me sois étrangère
Brûle et consume moi, mon unique soleil
Que ton dur javelot, ton javelot vermeil
Dardant de jour en jour une plus pure flamme
Je suis régénéré jusques au fond de l' âme..."
Je commis l' imprudence de conclure laconiquement : " Cette poésie monsieur, n' a pas besoin d' avoir de commentaires! " . Je croyais si bien dire; je m' étais aventuré lâchement sur un terrain mouvant.
La réponse de Roberault fut cinglante: " Quand le beau lui cause de l' ennui, un honnête homme
s' examine et travaille à se corriger" c'est l' auteur de ces vers qui vous le dit, jeune homme!" Il m' a cloué. Mais à partir de ce jour, j'étais devenu son fidèle disciple. Un mois plus tard, pour sauver la face; et sans qu' il me l' ait demandé, je lui remis dix pages de mauvaise dissertation sur le même sujet. Le lendemain, à la fin du cours, il me donna un vieux livre en lambeaux: Anthinéa, de Charles Maurras.
De ce livre, je n' ai gardé que ce que j' ai eu le temps de feuilleter; à peine une phrase, une description du cimetière de Cargèse:
" La mer ne confine point à la ville, elle en est séparée par le cimetière, plantation exiguë de petites croix et de dalles qui brillent doucement avec une expression de mélancolie lumineuse propre à ces pays de soleil, enseignant mieux que tout la légéreté de la vie..."
Ce fut comme une prémonition. Le soir même, je reçois le télégramme annonçant le décès de mon pauvre père. Et dans l' agitation et le malheur, je perds l' anthinéa avec toutes mes affaires dans le train d' Alger...
Depuis, je suis resté sur ma faim. Et durant trente ans, je l'ai cherché en Algérie; je l'ai demandé maintes fois aux bouquinistes et aux libraires de France et de Navarre. En vain! Rien.
C'est un livre introuvable. Un livre perdu ... Pourquoi?"
Laïd MOKRANI est actuellement enseignant de français en Algérie. Poète et essayiste, le parcours de ce talentueux conteur est pour le moins atypique. Après des études de psychologie, il fut tour à tour journaliste et fonctionnaire dans les assurances. Il est entre autre fondateur d'une revue de littérature algérienne O VIVE dans laquelle cette nouvelle a précédemment paru.[/i]
j'avalais sans retenue puis avec grand plaisir tout ce qu' elle me donnait : Jules Vallès, Roland Dorgelès, le capitaine Fracasse, Georges Duhamel, Saint-Exupéry, Joseph de Pesquidoux, Pierre Benoit, Guy de Maupassant, Prosper Mérimée, poil de carotte, notre dame de Paris, le bossu, Jean Valjean, la mare au diable, la petite fadette, Claudine de Colette, Hervé Bazin, Marcel Pagnol, Tartarin de Tarascon, Monte-Cristo, Le lys dans la vallée...Et surtout la poésie...Toute la poésie et Alphonse de Lamartine; qu' elle me prêta pour les vacances de printemps de 1967. Toute l' oeuvre de Lamartine dans un gros volume à la reliure antique avec sa jacquette scarifiée en vélin violet.
Il faut dire que cette boulimie arrangeait très bien mon vieux père. Je surpris plus d' une fois dans son oeil tendre et rusé de hobereau analphabète, des lueurs de fière interrogation; sans doute impressioné par l' intrusion de ces paquets de livres dans sa maison et par la redoutable assiduité de son rejeton à dévorer toutes ces liasses et à lire toute cette science...
Ce n' était que des romans d' aventures! Et je n 'allais jamais ni aux matchs de foot ni aux jeux dangereux. Les bouquins! oui, c'est ce qui me retenait entre les classes et pendant les vacances dans le pré, où je faisait paître ses rares moutons et sa belle vache"suisse". Parfois, quand il lui prend l' envie de venir inspecter son troupeau et son berger; il me trouve plongé dans le catéchisme moderne de Verhaeren, un oeil rivé sur les métaphores des villes tentaculaires de la Flandre transfigurée; et
l'autre, surveillant les pas ruminants de son mammouth qui faisait son triomphe et produisait notre beurre quotidien. Mon père alors claquait les ailes de son burnous de bonheur et de satisfaction. il sautillait de sa petite taille, le turban haut, la moustache au vent; il s'improvisa philosophe: " très bien fiston, le Prophète nous a recommandé le travail et l' instruction ..."
Puis, rebroussant chemin sans se retourner, laissant l'Emile à son affaire; il s'en va sûrement éclaircir avec ma mère tous les mystères de cette passion qui me hante à leur insu et façonne déjà ma nature; cette magie de la lecture qui s' opère chez les êtres et leur rapport au monde; cette énigme de ma patience librement consentie devant l' âpre corvée de berger que mes frères et les garçons du voisinage, fuyaient de paresse ou de honte...
Quinze jours durant, ce printemps 67, Lamartine fut le manitou de ma prairie. Je ne le quittais pour rien au monde sauf quand je faisais boire boire les bêtes à la fontaine des abattoirs ou quand je dormais la nuit, épuisé par ma journée de cowboy. J' étais définitivement absorbé par les méditations de guru de Mâcon. J' avais tout juste 12 ans; et je comprenais à peine ses mobiles poètique et sa déchéance; mais j' étais comme fasciné par ses vers, emporté par la rime, halluciné par la musique de cette langue que personne ne parlait autour de moi et avec laquelle je m' adressais à moi-même, aux étoiles ou à quelque fée Carabosse qui viendrait me prendre sur son tapis volant..." Objets inanimés avez donc une âme qui s' attache à notre âme et à la force d' aimer?"
Bien plus tard, Gilles Gambier m' apprit à mépriser Lamartine; et dans des moments d' adolescence désabusée ou d' extrême lucidité, j' ai découvert grâce aux livres de Frantz Fanon que j' étais un enfant alièné.
Ne reste aujourd'hui qu' un portrait parmi d' autres sur la devanture du plus vieux photographe de Bordj Bou Arreridj. Et secrètement, bien après des années, les anciens élèves de la sixième " A ", qui comme moi leur venait la nostalgie de faire un pèlerinage sur les lieux fugaces de la mémoire et de l' enfance; ils passent alors revoir le visage souriant et en noir et blanc de madame Jeanne Dupuis. Relique d' une histoire scolaire. O Rimbaud, quel siècle!
Donc je serai en première lettres. L' année prochaine je dois me rattraper, redoubler de férocité. Je n 'avais pas le choix. J' avais échoué en physique chimie chez les russes; je devais réussir dans les lettres modernes chez Monsieur Roberault. Le fameux monseigneur Roberault. C'est ainsi qu' on le surnommait dans les classes de terminales, où on colportait sa légende et où on racontait avec admiration les leçons de ce fanatique d'histoire litteraire. On disait aussi qu' il avait chez lui une bibliothèque à faire charger deux cents chameaux. Moine ou évêque reconverti en coopérant français; prof de lettres depuis 62 en Algérie, il pouvait discourir pendant des heures et sans omettre une virgule sur les minutes d' une matinée de Diane de Poitiers ou d' Aliènor d' Aquitaine; sur les détails de la victoire de Bouvines, du bûcher de Jacques de Molay, de la nuit de Varenne ou de la défaite d' Azincourt... Il savait jusqu' aux numéros de pages, les répliques de Montherlant ou de Marivaux; des passages de Chardonne ou de Pirandello, les oraisons de Bossuet et les paragraphes touffus de l' être et du néant...
Roberault était la star du lycée Kerouani. En 70, l' Algérie savait recruter ses pédagogues. Parmi les plus brillants , il y avait aussi Monsieur Lacrozas le prof d' économie, Monsieur Doh Kwako, un génie de mathémathiques modernes, ghanéen naturalisé américain et polyglotte, ancien élève de l' université de Princeton et qui ne cessait de répéter avec son sourire africain aux apprentis philosophes:
" la matière a été, la matière a été!"
Il y avait aussi Monsieur Laridi le prof de sciences, un chirurgien algérois maoiste en résidence surveillée à Sétif depuis 1968 ; Monsieur Cavalerie le physicien hipster aux cheveux très longs, et l' amant de lady Chatterley, c'est à dire Madame Guirchina, une slave platinée et cruelle stakhanoviste de la chimie organique, qui trompait ouvertement son mari tout droit sorti d' une pièce de Tchèkov.
Il y avait bien sûr Madame Brisson, une femme aux belles toilettes, qu' on surnommait le duchesse de Langeais, Monsieur Jean Der Witt, un géant belge en service civil en Algérie et futur diplomate. Il y avait aussi Monsieur Elias Tamimi, un chrétien palestinien, diplômé de Louvain et qui ressemblait à Omar Sharif. Il était né dans le même quartier que Darwish à Haifa. Il nous a appris toutes les horreurs du sionisme et toute la poésie arabe du levant. Il y avait Miss Jones, une noire américaine musclée, rescapée des groupes des blacks panthers, amie personnelle d' Angela Davis et d' Eldrewidj Cleaver; Monsieur Boussadia le prof d' histoire généreux et éloquent avec ses costumes cairotes. Algérien de M'sila mais d' obéidence nasserienne, il achetait souvent des cravates et des souliers pour les élèves les plus pauvres. Il y avait Monsieur Séquier avec son accent du sud; Monsieur et Madame Mathieu; Monsieur Fellman, un géographe alsacien d' une rigueur proverbiale; Monsieur et Madame Boillon, " les arabes" comme on les appelait, tellement bien introduits et bien intégrés dans la société sétifienne. Il y avait aussi Pangloss: Monsieur Quentric, un breton avec sa tête chauve à la Yul Brunner et ses chapeaux bizarroïdes...
Mais Roberault les dépassait tous. Un esprit supérieur, une stature, une pointure rare, une référence connue même en ville. Imaginez un homme vieux mais robuste, avec la dégaine orsonienne, une tête de savant érudit, des binocles ascétiques, des habits d' agrégé toujours sombres et une longue barbe d'enchanteur...
En politique, Monsieur Roberault haïssait ouvertement De Gaulle et Pompidou; en classe, il avait horreur de tout ce qui était trivial. Il bousculait les bègues et réprimandait la bêtise. Très respecté dans cette société professorale cosmopolite, à majorité gauchiste ( plus tard, j' ai compris les opinions de Roberault: il était royaliste; ennemi féroce de la décadence et disciple de Spengler et d' Action Française). Il était surtout fort apprécié par Monsieur Lakhel le proviseur, dont il était le familier sinon
l' ami et avec lequel nous l' aperçumes souvent en conclave sous le préau de la bibliothèque. Monsieur Lakhel, une autre sommité celui-là. Bilingue et aristocratique; ancien élève de Normale Sup avant de rejoindre le maquis, il était en outre fils et petit-fils d' oulémas bougiotes. On chuchotait qu'il fut l' ami intime de Mostefa Lacheraf, du docteur Taleb El Ibrahimi et de Jacques Berque. Sosie de Christopher Lee, avec un burnous blanc toujours sur les épaules à la Boumédienne; il inspectait chaque matin les cinq cours du lycée Kérouani comme le capitaine Achab les cinq continents. Une ou deux fois l' an, il donnait des conférences prestigieuses sur la pensée de Gaston Bachelard ou sur l' histoire d' Ibn Khaldoun.
Le premier cours avec Monsieur Roberlaut en première lettre " une " restera à jamais gravé dans ma mémoire. Ce fut une dissertation orale sur la notion d' esthétique en littérature. Le sujet était le commentaire plastique d' une strophe de la "balance intérieure", les rares lignes que j' ai lues jusqu' à ce jour de Charles Maurras:
" Toi qui brilles enfoncée au plus tendre du coeur
Beauté fer éclatant, ne me sois que douceur..."
Tout de suite ces vers m'ont pénétré, mais c'est une abstraction qui m' était encore inconnue. Les nuées de mes rêves sont maintenant prêtes à s' évaporer. " Beauté fer éclatant ne me sois que douceur"! Que voulait dire Maurras? A la présentation, je murmurais comme tous les autres devant l' auguste autel de Roberault. Il m'est arrivé de balbutier, le suppliant du regard. A défaut d' arguments et de digressions, je ne faisais que reprendre l'onde si pure du poème:
"Ou si tu devais être une chose amère
En aucun temps du moins ne me sois étrangère
Brûle et consume moi, mon unique soleil
Que ton dur javelot, ton javelot vermeil
Dardant de jour en jour une plus pure flamme
Je suis régénéré jusques au fond de l' âme..."
Je commis l' imprudence de conclure laconiquement : " Cette poésie monsieur, n' a pas besoin d' avoir de commentaires! " . Je croyais si bien dire; je m' étais aventuré lâchement sur un terrain mouvant.
La réponse de Roberault fut cinglante: " Quand le beau lui cause de l' ennui, un honnête homme
s' examine et travaille à se corriger" c'est l' auteur de ces vers qui vous le dit, jeune homme!" Il m' a cloué. Mais à partir de ce jour, j'étais devenu son fidèle disciple. Un mois plus tard, pour sauver la face; et sans qu' il me l' ait demandé, je lui remis dix pages de mauvaise dissertation sur le même sujet. Le lendemain, à la fin du cours, il me donna un vieux livre en lambeaux: Anthinéa, de Charles Maurras.
De ce livre, je n' ai gardé que ce que j' ai eu le temps de feuilleter; à peine une phrase, une description du cimetière de Cargèse:
" La mer ne confine point à la ville, elle en est séparée par le cimetière, plantation exiguë de petites croix et de dalles qui brillent doucement avec une expression de mélancolie lumineuse propre à ces pays de soleil, enseignant mieux que tout la légéreté de la vie..."
Ce fut comme une prémonition. Le soir même, je reçois le télégramme annonçant le décès de mon pauvre père. Et dans l' agitation et le malheur, je perds l' anthinéa avec toutes mes affaires dans le train d' Alger...
Depuis, je suis resté sur ma faim. Et durant trente ans, je l'ai cherché en Algérie; je l'ai demandé maintes fois aux bouquinistes et aux libraires de France et de Navarre. En vain! Rien.
C'est un livre introuvable. Un livre perdu ... Pourquoi?"
Laïd MOKRANI est actuellement enseignant de français en Algérie. Poète et essayiste, le parcours de ce talentueux conteur est pour le moins atypique. Après des études de psychologie, il fut tour à tour journaliste et fonctionnaire dans les assurances. Il est entre autre fondateur d'une revue de littérature algérienne O VIVE dans laquelle cette nouvelle a précédemment paru.[/i]
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
L’histoire de ce lycée n’est en fait qu’une somme de mémoires. Il est là, stable et majestueux et continue à s’offrir altièrement aux yeux de passants parfois indifférents, parfois soupirants et nostalgiques quand il s’agit de ses anciens locataires. Il semble garder, par le silence émotionnel qu’il suscite, de nombreux faits historiques et scientifiques dignes et à la mesure de la localité. Il existe depuis 1873. On l’appelait le collège communal. À cette époque, l’on raconte que cette enceinte scolaire souffrait de l’absence d’un maître de chant et d’un enseignant aguerri dans la discipline sportive devant assurer des cours de gymnastique. Il fallait les suppléer par un maître de dessin et un militaire détaché de la garnison de la ville pour en faire office. Dire que plus d’un siècle après, Sétif tiendrait avec l’entente et la chanson sétifiennes un palmarès des plus brillants. Paradoxalement, les soucis relatifs à l’insuffisance des crédits de fonctionnement perdurent depuis cette date à nos jours, supposerais-je.
Si maintenant, chaque levée de regard à l’égard de ce monument rappelle un temps accompli, chaque passage sur les flancs de ses bâtiments suggère le rappel d’un fait coquin, d’un geste puéril ou d’une intention buissonnière ; la méditation est irrésistible quand l’esprit s’évade avec douceur de la morosité de ce jour pour se laisser voguer libre au rythme du temps d’alors et flâner élève de l’époque dans l’espace des quatre cours ou sur l’asphalte de la cour sud. Là, l’émotion vous étouffe. Le soupir vous étrangle au moment même où le souvenir caressant vous ligote sans liens ni menottes, pour vous mettre volontaire et sans défense face à des visages de personnes connues.
Ces personnes parmi tant d’autres, d’entre compagnons et encadreurs, internes et externes, enseignants et surveillants, maîtres et pions s’élèvent tous en choeur pour vous faire toucher du doigt que le temps a changé. Qu’elles-mêmes ne sont plus les mêmes. Les unes ne sont plus de ce monde, les autres sont ailleurs. Beaucoup de ces visages s’extirpent à l’instant de la remémoration et se greffent au vôtre. Il y en a des martyrs, il en reste des survivants. La mort post-indépendance a fauché dans la fatalité ceux qui ont survécu. Du 08 Mai 1945 au 05 Juillet 1962, en passant par le salutaire et final assaut du 1 Novembre 1954 ; le lycée a semé les embryons déclencheurs de la conscience nationale pour produire les éléments actifs et libérateurs du pays.
L’élève d’antan, enfant insoucieux aux conditions précaires mais le plus souvent studieux et hardi a été le chef moudjahid dans la guerre, le ministre, le directeur général, le cadre supérieur, le professeur, le magistrat, l’écrivain et le poète, le... dans la République algérienne libre et indépendante. Qu’en est-il aujourd’hui ? Une association c’est très bien. Une protection de la mémoire avec un soutien à la souvenance continue et pérenne c’est mieux. Une réhabilitation d’excellence est meilleure. Je joins ci-après une réaction d’un ancien élève, un ami qui se reconnaîtra, « Mais faudrait-il que nous revivons toujours que de ces souvenirs ? La question serait de savoir si Kerouani doit rester seulement ce « vestige » à l’image d’un musée, ou d’en faire pour que les autorités s’y engagent fermement pour l’ériger en établissement d’excellence pour nos jeunes futures élites. En plus de l’usure et l’oeuvre du temps, Kerouani de nos bons souvenirs sombre dans la décrépitude et l’abandon que l’orgueil seul ne suffira pas pour le réveiller de sa longue léthargie ».
El Yazid Dib, Le Quotidien
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A tous ceux qui ont frequentés ce lycée mytique.
Si maintenant, chaque levée de regard à l’égard de ce monument rappelle un temps accompli, chaque passage sur les flancs de ses bâtiments suggère le rappel d’un fait coquin, d’un geste puéril ou d’une intention buissonnière ; la méditation est irrésistible quand l’esprit s’évade avec douceur de la morosité de ce jour pour se laisser voguer libre au rythme du temps d’alors et flâner élève de l’époque dans l’espace des quatre cours ou sur l’asphalte de la cour sud. Là, l’émotion vous étouffe. Le soupir vous étrangle au moment même où le souvenir caressant vous ligote sans liens ni menottes, pour vous mettre volontaire et sans défense face à des visages de personnes connues.
Ces personnes parmi tant d’autres, d’entre compagnons et encadreurs, internes et externes, enseignants et surveillants, maîtres et pions s’élèvent tous en choeur pour vous faire toucher du doigt que le temps a changé. Qu’elles-mêmes ne sont plus les mêmes. Les unes ne sont plus de ce monde, les autres sont ailleurs. Beaucoup de ces visages s’extirpent à l’instant de la remémoration et se greffent au vôtre. Il y en a des martyrs, il en reste des survivants. La mort post-indépendance a fauché dans la fatalité ceux qui ont survécu. Du 08 Mai 1945 au 05 Juillet 1962, en passant par le salutaire et final assaut du 1 Novembre 1954 ; le lycée a semé les embryons déclencheurs de la conscience nationale pour produire les éléments actifs et libérateurs du pays.
L’élève d’antan, enfant insoucieux aux conditions précaires mais le plus souvent studieux et hardi a été le chef moudjahid dans la guerre, le ministre, le directeur général, le cadre supérieur, le professeur, le magistrat, l’écrivain et le poète, le... dans la République algérienne libre et indépendante. Qu’en est-il aujourd’hui ? Une association c’est très bien. Une protection de la mémoire avec un soutien à la souvenance continue et pérenne c’est mieux. Une réhabilitation d’excellence est meilleure. Je joins ci-après une réaction d’un ancien élève, un ami qui se reconnaîtra, « Mais faudrait-il que nous revivons toujours que de ces souvenirs ? La question serait de savoir si Kerouani doit rester seulement ce « vestige » à l’image d’un musée, ou d’en faire pour que les autorités s’y engagent fermement pour l’ériger en établissement d’excellence pour nos jeunes futures élites. En plus de l’usure et l’oeuvre du temps, Kerouani de nos bons souvenirs sombre dans la décrépitude et l’abandon que l’orgueil seul ne suffira pas pour le réveiller de sa longue léthargie ».
El Yazid Dib, Le Quotidien
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A tous ceux qui ont frequentés ce lycée mytique.
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
Adama a écrit:"J'étais le fort en thème, et pour défendre cette réputation et pour faire plaisir à la maîtresse,
j'avalais sans retenue puis avec grand plaisir tout ce qu' elle me donnait : Jules Vallès, Roland Dorgelès, le capitaine Fracasse, Georges Duhamel, Saint-Exupéry, Joseph de Pesquidoux, Pierre Benoit, Guy de Maupassant, Prosper Mérimée, poil de carotte, notre dame de Paris, le bossu, Jean Valjean, la mare au diable, la petite fadette, Claudine de Colette, Hervé Bazin, Marcel Pagnol, Tartarin de Tarascon, Monte-Cristo, Le lys dans la vallée...Et surtout la poésie...Toute la poésie et Alphonse de Lamartine; qu' elle me prêta pour les vacances de printemps de 1967. Toute l' oeuvre de Lamartine dans un gros volume à la reliure antique avec sa jacquette scarifiée en vélin violet. etc...
En lisant ce texte écrit d'une maniére magistralement pathétique , avec application et avec un grand talent , chacun d'entre nous se souvient , à sa façon et selon le lieu où il a étudié , des salles de classe , des cours ,des dortoirs et des réfectoires de sa jeunesse . Le lycée n'est plus ce qu'il fut . Merci Mokrani de nous l'avoir rappelé et d'avoir remué en nous , avec tendresse et mélancolie , ce monde de rêve si pleinement et si passionnément habité par nos chers et studieux professeurs dont la plupart ont hélas aujourd'hui probablement disparu.Moi qui ai fréquenté ce qu'on appelait à l'époque le lycée franco-musulman de Constantine , comment pourrais-je oublier le génial et méticuleux Mr Gerard , mon professeur de français et de latin , ou le grand savant musulman , mon professeur de philosophie musulmane , le tunisien MR Med Salah Annaifer , ou l'autre grande dame , professeur de français qui nous a donné le gout des tragédies classiques, Mme Lamarque , ou le grand professeur d'arabe qui jonglait brillamment avec la poésie , Mr Sadkaoui . Je ne pourrais hélas pas citer tous ces enseignants compétents et dévoués tellement la liste est longue . Et en y pensant , pourrais-je occulter le nom du grand professeur de philosophie ,Mr Coulomb, qui réalisait souvent à l'époque l'exploit rare de faire entendre voler une mouche quand il dissertait sur les grands penseurs de l'humanité.
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
Mais malheureusement il a perdu de sa prestance. C'est dommage.


"Si la Loi divine présente un sens extérieur et un sens intérieur, c’est à cause de la diversité qui existe dans le naturel des hommes". Ibn Ruchd.
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
"L' Association des anciens élèves des prestigieux lycées de Sétif, Mohamed Kerouani (ex-Eugène Albertini) et Malika-Gaïd, ont organisé, jeudi dernier, et comme à l’accoutumée, une cérémonie de distribution des prix aux lauréats (es) du baccalauréat 2008 des deux établissements ayant obtenu la mention très bien.
Il y avait foule, un vrai succès ! Des dizaines de personnes venues des quatre coins du pays ont répondu à l’invitation. L’ambiance était émouvante et chaleureuse car, pour certains, ce furent des retrouvailles après 10 ans d’absence. La vie les avait séparés mais pas les souvenirs de lycéens qu’ils se sont remémorés avec plaisir. L’espace d’une journée, tous avaient retrouvé leurs 15-20 ans. Après la cérémonie de remises de cadeaux aux nouveaux bacheliers, les présents ont été conviés à un déjeuner au réfectoire du lycée, comme au bon vieux temps. Bien avant 13 h, le grand réfectoire était plein à craquer ; plus d’une centaine de personnes étaient là.
Beaucoup de célébrités du monde politique telles que les anciens ministres Harchaoui, Attar et Benouari, des universitaires, des avocats… Tous, la bonne cinquantaine ou plus, cherchant à reconnaître un visage, à retrouver un nom là sur le bout de la langue », se remémorant l’année, la section. Une ambiance d’élèves brillants, espiègles et chahuteurs. On se bouscule devant les photos. On reconnaît un tel. On s’esclaffe : les blouses, les cravates de l’époque. Des accolades, des tapes sur l’épaule pour accompagner des poignées de main énergiques. Des embrassades.
Beaucoup de complicité et une émotion à fleur de peau. On se rappelle les grandes figures des lycées Kerouani et Gaïd. En l’espace d’un moment, le réfectoire s’est transformé en une vraie salle de classe chahuteuse et bruyante. La fête des retrouvailles. La joie de replonger 40 ou 50 années en arrière, dans un moment qui n’appartient qu’à cette bande d’adolescents déchaînés, qu’à ce groupe qui ne garde que les aspects les plus émouvants, les plus fraternels, de ce qui est pour eux une période toujours présente."
Imed Sellami- Le Soir d’Algérie
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
Ce sont les deux lycées les plus anciens et les plus brillants . Ils formaient l'elite.
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
nawal a écrit:Ce sont les deux lycées les plus anciens et les plus brillants . Ils formaient l'elite.
Ce n'est pas gentil pour les autres, Nawel.
Tu sais, quand Ibn Rachiq fût achevé... être muté en son sein était considérée comme une promotion. Si,.. si...si
Allez, sans rancune. Les rachiquiens sont, généralement, bons joueurs, dans les deux sens du terme, ...et toc
TAHIYATI
Re: Le lycée Kerouani ex Albertini.
Tu as raison Zeryab.
L'écrivain français Stendhal est l'inventeur du concept de "la cristallisation" qu'il définit ainsi :
Aux mines de Salzbourg, on jette dans les profondeurs abandonnées de la mine un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver ; deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisations brillantes : les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la taille d'une mésange, sont garnies d'une infinité de diamants mobiles et éblouissants ; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif.
Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections.
La différence avec le Lycée Kerouani c'est que "ces diamants mobiles et éblouissants" ont réellement existé, ce sont toutes les personnalités qui sont issues de ses bancs.
Seulement il me semble que ça soit devenu un slogan. Ces lauriers ne servent plus qu'à occulter depuis longtemps la misère et la décrépitude de l'établissement. Et je comprend l'irritation de voir un etablissement écraser de sa mythologie, sans aucune justification présente, tous les autres.
Parce que concrètement, la réalité est autrement plus glauque : "l’établissement en question s’est classé l’année écoulée aux dernières loges de la wilaya. Pour l’anecdote, au baccalauréat, la maison d’arrêt de Sétif était en meilleure position
Et je ne parle même pas de l'aspect physique, les photos que j'en ai vu sont désolantes.
Jusqu'à quand, les âmes mortes seules, enseignants et élèves, feront (sur)vivre ce lycée ?
L'écrivain français Stendhal est l'inventeur du concept de "la cristallisation" qu'il définit ainsi :
Aux mines de Salzbourg, on jette dans les profondeurs abandonnées de la mine un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver ; deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisations brillantes : les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la taille d'une mésange, sont garnies d'une infinité de diamants mobiles et éblouissants ; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif.
Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections.
La différence avec le Lycée Kerouani c'est que "ces diamants mobiles et éblouissants" ont réellement existé, ce sont toutes les personnalités qui sont issues de ses bancs.
Seulement il me semble que ça soit devenu un slogan. Ces lauriers ne servent plus qu'à occulter depuis longtemps la misère et la décrépitude de l'établissement. Et je comprend l'irritation de voir un etablissement écraser de sa mythologie, sans aucune justification présente, tous les autres.
Parce que concrètement, la réalité est autrement plus glauque : "l’établissement en question s’est classé l’année écoulée aux dernières loges de la wilaya. Pour l’anecdote, au baccalauréat, la maison d’arrêt de Sétif était en meilleure position
Et je ne parle même pas de l'aspect physique, les photos que j'en ai vu sont désolantes.
Jusqu'à quand, les âmes mortes seules, enseignants et élèves, feront (sur)vivre ce lycée ?















